« Mon engagement bénévole donne une nouvelle dimension à ma vie »

by Corinne Martin-Rozès & ClaraBée
7 janvier 2021
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Stéphanie a rejoint cette année les équipes d’une toute jeune association, Les Papillons, qui installe des boîtes aux lettres dans les écoles afin de libérer la parole des enfants victimes de maltraitance. Au-delà de défendre une cause qui lui est chère, cette expérience lui permet d’ouvrir un nouveau champ des possibles dans sa vie.

SSR – Parlez-nous de l’association Les Papillons, que vous avez décidé de rejoindre.
Stéphanie – La mission que s’est donné l’association est la suivante : libérer la parole des enfants et jeunes ados, afin de leur permettre de signaler des maltraitances qu’ils subissent. Il faut savoir qu’en France, plus de 700 000 enfants sont victimes chaque année de harcèlement scolaire et 165 000 d’agression sexuelle : c’est tout simplement énorme. Le président fondateur de l’association a lui-même vécu ce drame et n’a pu en parler à personne à l’époque : il se souvient qu’il attendait une main tendue à l’école mais qu’il ne l’a pas trouvée, il pense aussi que s’il avait pu écrire ce qu’il vivait, cela aurait changé quelque chose. Car pour l’enfant il est souvent plus aisé de s’exprimer sur une feuille de papier que face à un adulte, c’est plus anonyme, moins stressant. Pour cette raison, Les Papillons a décidé d’installer des boîtes aux lettres dans les écoles, collèges et clubs sportifs : nous sommes des facteurs qui recueillons les messages des enfants et les transmettons aux personnes compétentes afin qu’elles leur viennent en aide.

SSR – Quel a été le déclic pour vous engager ?
S. – J’ai connu l’association via Facebook et j’ai commencé à la suivre, avant de me rendre compte qu’une de mes amies y était impliquée. Après en avoir discuté avec elle, j’ai décidé de m’engager. Je crois que s’il y a toujours eu un sujet qui me révoltait, c’est bien qu’on touche aux enfants d’une manière ou d’une autre. Ajoutons à cela qu’une personne à laquelle je tiens beaucoup a été victime de violence dans son enfance, ce que je n’ai appris que récemment. Il faut absolument parler et faire parler de ce sujet, car plus on en parle et moins les prédateurs seront en sécurité. Je me suis dit : à moi, ça n’est pas arrivé, il m’est donc peut-être plus facile de m’engager pour cette cause afin de défendre celles et ceux qui sont trop abimés pour le faire. Car on ne s’en remet pas toujours, tout le monde n’est pas résilient. Quand un agresseur est condamné, il passe quelques années en prison, mais il a détruit plusieurs vies.

Je crois que s’il y a toujours eu un sujet qui me révoltait, c’est bien qu’on touche aux enfants d’une manière ou d’une autre.

SSR – Quel est votre rôle dans l’association ?  
S. – Je fais partie des référents pour mon département, et à ce titre je suis tout d’abord chargée d’installer les boites aux lettres. Cela ne se fait pas en claquant des doigts… Il faut contacter les administrations de tutelle (les mairies pour l’école, le département pour le collège) et la direction des clubs sportifs. Une fois l’autorisation accordée, nous prenons contact avec les équipes pédagogiques pour leur présenter notre action et les éléments de communication dont nous disposons. Nous intervenons ensuite auprès des enfants, avec notamment la projection de différentes vidéos en fonction de leur âge, et toujours une plage de questions/réponses à l’issue de la séance. Une fois que la boite aux lettres est installée, un bénévole de l’association passe systématiquement tous les jours pour la relever. Et si elle contient un message, celui-ci est directement transmis au président de l’association qui, selon la gravité des faits, soit saisit directement la CRIP (Cellule Départementale de Recueil des Informations Préoccupantes) soit se retourne vers les professionnels concernés (travailleurs sociaux, médecin scolaire, etc). Enfin, comme l’association est encore toute jeune, mon rôle consiste aussi à étoffer le réseau de bénévoles dans ma région.

SSR – Qu’est-ce que votre engagement associatif a changé dans votre vie ?
S. – Cela lui donne tout simplement une nouvelle dimension ! J’ai toujours beaucoup donné dans mon travail : quand je crée, quand je dessine, ça vient du plus profond de moi et je suis pleinement sincère… cependant avec l’association j’expérimente une autre forme de don, désintéressé, au service des plus faibles. J’ai vraiment le sentiment d’agir pour ceux qui ne peuvent pas le faire par eux-mêmes. Cela m’apporte aussi une ouverture nouvelle sur un monde qui n’est pas forcément le mien, en me faisant croiser des personnes que je n’aurais sinon jamais rencontrées, et c’est très enrichissant. Enfin, mon engagement a un impact incroyable sur mes trois (grands) enfants, qui sont à la fois très sensibles à cette cause, mais aussi curieux et fiers de ce que je fais.

Je forme le voeu que ce sujet soit de moins en moins tabou afin que les prédateurs se sentent de moins en moins tranquilles.

SSR – Un vœu pour demain ?
S. – J’aimerais un peu moins de frilosité et de raideur chez certaines institutions auxquelles je présente l’association. Je voudrais qu’on puisse être plus rapidement dans l’opérationnel au bénéfice des enfants, qu’il y ait moins de lourdeurs administratives, voire politiques. Je souhaite enfin que, grâce à notre action et celle de toutes les autres associations qui œuvrent parallèlement à nous, le sujet soit de moins en moins tabou afin que les prédateurs se sentent de moins en moins tranquilles. 

Toutes les informations sur L’association Les Papillons sont sur le site internet .

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